Cette page contient des extraits du sujet présenté en septembre 2013 lors de la journée scientifique ANAMACaP par le Docteur Thierry BOUILLET – Radiothérapeute du Service d’oncologie médicale au CHU Avicenne (APHP), Co-président de la fédération nationale sport et cancer CAMI

Présentation réalisée en collaboration avec le Dr Nicolas JOVENIN, Institut Jean GODINOT de Reims

Bénéfice de l’activité physique chez les patients atteints d’un cancer de la prostate

La mesure de l’activité physique se fait en MET-heure (Metabolic Equivalent Task – hour).

Pendant 1 heure, rester assis équivaut à une dépense d’énergie de 1 MET-h, marcher ou monter des escaliers équivaut à moins de 6 MET-h, faire du footing, du tennis, de la natation… équivaut à plus de 6 MET-h.

L’activité physique, ce n’est pas simplement faire du sport, c’est aussi les dépenses d’énergie liées aux activités professionnelles, aux tâches ménagères, aux transports, aux activités ludiques… « Bouger 30 minutes par jour c’est facile ! »

Quels bénéfices pour le patient ?

La fatigue, en cancérologie, en particulier dans les cancers de prostate, est le premier symptôme des patients. C’est un symptôme difficile parce que dans une même journée, ce sont d’immenses fluctuations « je vais bien, je vais mal » qui n’ont aucun rapport avec la psychologie, le stress et la dépression. Ce sont simplement des anomalies mitochondriales cette fatigue ne se répare pas au repos. Cela dure des années.

Effets de l’activité physique sur le patient

Des études ont comparé la fatigue des patients atteints d’un cancer de la prostate pratiquant une activé à ceux qui n’en pratiquaient pas pendant ou après leur traitement hormonal ou de radiothérapie. Au départ, tous les patients se sentent fatigués. A chaque fois qu’ils ont une activité physique par rapport à aucune activité, ils ont une réduction de la fatigue dans le bras exercice par rapport au bras contrôle.

L’activité physique réduit significativement la fatigue liée au cancer :

  • Quelque soit le moment de la prise en charge : – 23 %
  • Pendant les traitements : -18 %
  • A distance des traitements : -37 %

On se sent plus fatigué si on ne bouge pas. Si on bouge, on l’est moins qu’avant. On constate également une amélioration de tous les tests : musculaires, qualité de vie, fitness, sociaux. On rentre dans une notion simple, à avoir que l’activité physique est non seulement le seul traitement validé pour l’instant de la fatigue, qui est le premier symptôme des patients, mais en plus, il permet de retrouver des rapports sociaux plus normaux. Retour au travail, réinsertion dans le tissu social en post période de travail, ce qui est absolument fondamental.

Mesure de l’activité physique

La mesure de l’activité physique se fait en MET-heure (Metabolic Equivalent Task – hour).
Pendant 1 heure, rester assis équivaut à une dépense d’énergie de 1 MET-h, marcher ou monter des escaliers équivaut à moins de 6 MET-h, faire du footing, du tennis, de la natation… équivaut à plus de 6 MET-h.

L’activité physique, ce n’est pas simplement faire du sport, c’est aussi les dépenses d’énergie liées aux activités professionnelles, aux tâches ménagères, aux transports, aux activités ludiques… « Bouger 30 minutes par jour c’est facile ! »

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Autres bénéfices

  • diminution de l’anxiété
  • du syndrome dépressif
  • des troubles du sommeil
  • amélioration de la qualité de vie
  • amélioration du sentiment de bien-être

Réduction de la toxicité après radiothérapie

Une étude (Thomas RJ et al Clin Oncol 2013 25:246-251) portant sur 440 hommes traités par radiothérapie démontre que la plupart d’entre eux sont inactifs musculairement (71 %) et que ceux qui ont une activité physique ont moins de troubles rectaux, moins de dysfonctionnement érectiles et moins de problèmes urinaires.

Niveau de preuves

Il est évident qu’on n’a pas d’études randomisées. Néanmoins, les critères de Hill reportent à peu près les mêmes éléments bénéfiques : on comprend comment les effets fonctionnent, on a une relation dose/effet, une cohérence de toute cette activité physique, une relation temporelle (les gens font du sport après).
Un essai thérapeutique est en cours : le Challenge.
A Strasbourg, une méta-analyse est faite sur plus de 8 000 patients dans les cancers du côlon qui posent plus ou moins les mêmes problématiques. Tous facteurs pronostics identiques, les résultats donnent 40% de chance en moins de mourir lorsqu’une activité physique est pratiquée.

Des hypothèses biologiques

L’activité physique réduit :

  • les estrogènes libres dont on a l’effet dans les cancers du sein.
  • l’insuline et l’insulino résistance. Un être humain qui ne fait pas de sport avec une surcharge pondérale, voit ses besoins en insuline augmenter considérablement. Pour faire rentrer la même quantité de glucose dans le sang, on a besoin de plus d’insuline. Avec une activité physique régulière, ce besoin baisse. L’entrée du glucose dans les muscles est favorisée. Le pancréas voit un peu moins de glucose dans le sang, donc il secrète moins d’insuline. Et alors ? L’insuline est le facteur de croissance n° 1 des cancers de la prostate.
  • les leptines qui viennent des tissus graisseux, c’est un facteur de croissance des cancers de la prostate qui sont sécrétés par les graisses et qui sont un très bon engrais pour les cellules tumorales des prostates.

Les taux d’insuline, d’estrogène, de leptine ne changent que si le patient fait au moins 150 minutes de sport par semaine. Les effets augmentent entre 150 et 225 minutes par semaine et plus après 225 minutes.

Recommandations et référentiels

Un certain nombre de recommandations ont été publiées. Celles de l’AFSOS (Association Francophone pour les Soins Oncologiques de Support) vont être mises à jour très prochainement.
Les recommandations sont très simples. Pendant le traitement ou à la fin du traitement on essaie de demander une activité physique. L’objectif est de lutter contre le déconditionnement, de donner confiance au patient.
Quel que soit l’âge ? Oui. Quel que soit le niveau d’activité physique initial ? Oui, cela est valable pour tout le monde même les non initiés, il n’est pas question d’athlètes de haut niveau. Il s’agit d’une activité dans un processus de soin, d’une activité dans un processus coordonné entre le patient, l’éducateur, le soignant. C’est une éducation thérapeutique.

Quelles problématiques ?

Le problème est la modification des comportements, l’adhésion. Il ne s’agit pas de faire un programme sur deux mois, trois mois ou quinze jours. Le programme doit être fait sur une vie pour changer les taux de rechute, le minimum est au moins d’un an. Pour modifier le diabète, l’ostéoporose, l’Alzheimer, les problèmes cardiovasculaires il faut plusieurs années. L’activité doit être ludique pour le malade sinon il arrête.

l’activité physique donne brusquement au patient une impression d’exister. Première chose à changer : lui permettre de retrouver son schéma corporel. La meilleure façon de créer un schéma corporel, c’est de refaire du sport et une activité physique. Nous avons donc réfléchi à plusieurs pour trouver un sport seul (je travaille seul) et à deux (j’échange avec l’autre). L’avantage de l’échange avec l’autre, c’est que le patient existe à ses yeux, et dans ce cas, il existe aux siens. Il faut également trouver un sport qui se fasse en toute sécurité, le patient ne doit pas se blesser.

Principales contre indications de l’activité physique en oncologie

Il existe des contre-indications avec certains patients. L’éducateur sportif doit être capable de comprendre la cancérologie et les problèmes de comorbidité pour s’adapter à chaque patient (dénutrition, ostéoporose, hypertension artérielle, troubles du rythme à l’effort, insuffisance cardiaque, métastases osseuses, métastases cérébrales symptomatiques, effets secondaires des traitements etc…).

Prévention tertiaire, impact sur la survie

Les chances de guérir sont elles plus importantes ?

Cohorte de suivi intégrant 2700 patients environ (SC Kenfield, MJ Stampfer, E Giovannucci et al. J Clin Oncol 2011;29:726-732)

Une cohorte de suivi est mise en place avec des hommes porteurs de cancer de prostate non métastasé sans rechute. Des questionnaires leur sont adressés régulièrement pour sonder leur activité physique ludique dans les deux à quatre ans post diagnostic (type d’activité, fréquence, intensité, durée par semaine après le cancer). Les résultats sont quantifiés en MET-h. Puis, on analyse leur taux de rechute et de décès sur leur niveau d’activité physique. On va confronter les résultats des patients qui arrivent à plus de 9 MET-h par semaine contre les moins de 3 MET-h. Pourquoi ? Moins de 3 MET-h par semaine correspond au standard américain et européen. Plus de 9 MET-h par semaine correspond aux préceptes de la Ligue contre le Cancer ou de certaines associations, c’est-à-dire 30 minutes de marche 5 fois par semaine ou une heure de marche 3 fois par semaine. Une heure de marche égal 3 MET-h, donc 3 heures de marche par semaine égal 9 MET-h.
Les patients qui atteignent ce score par rapport aux autres ont environ 30% de chances de mourir en moins et moins de risque de décès par cancer de prostate.

Que retenir ?

En cancérologie, l’activité physique :

  • réduit le risque de cancer de 25% dans la population générale. Cela explique tout à fait l’importance des politiques de santé.
  • est le seul traitement validé pour éviter la fatigue,
  • est associé à une augmentation de la survie accrue de l’ordre de 50%.

Faites-le ! Survivez, vivez et vivez heureux.

Qu’est ce que la CAMi ?


La CAMI une association de patients créée en 1998. La CAMI a été un choix entre des patients et nous. J’ai rencontré en équipe de France (dont je m’occupais à l’époque) Jean-Marc DESCOTES, rapidement champion du monde combat en équipe et champion d’Europe individuel en combat. Nous avons discuté de la fatigue des patients et de l’idée qui m’avait été donnée par une personne. Je lui ai proposé de créer une association de karaté. Pourquoi de karaté ? Parce qu’il s’agit de travailler seul, puis à deux, dans un lieu protégé du regard des autres, sans différence du vêtement et dans une confiance avec un éducateur physique formé. On a commencé les premiers cours. Jean-Marc s’occupait de trisomies et d’aveugles dans le premier club où il était à Toulouse et je lui ai demandé de m’aider. On s’est rencontré avec des patients, on a créé la CAMI parce qu’initialement, cela voulait dire Cancer Arts Martiaux Information.

camiDes CAMI se créent un peu partout. On compte 40 centres basés sur une grande liberté en comités départementaux. Marseille et Strasbourg viennent d’être créées. Nous avons repris le modèle de la Ligue contre le Cancer. Chaque centre est constitué d’un responsable de comité départemental médical, un responsable de comité départemental STAPS, le bureau est théoriquement composé de malades. La CAMI nationale essaye simplement d’être un réseau national pour les publications. De nombreux papiers sortent régulièrement dans des revues.

La CAMI ce sont des travaux avec des collectifs, des fédérations. La CAMI vient de signer un partenariat avec le ping-pong. Ce sont des rencontres avec d’autres associations comme des associations d’étudiants.

A la base, toutes les pathologies sont concernées, pendant et après les traitements. Chaque année, on aide un peu plus de 3 500 patients. Des sédentaires ou des sportifs, quel que soit l’âge. On intervient maintenant en pédiatrie, en hématologie à Saint-Louis.

La CAMI est un lieu pour toutes les passions… On a créé, grâce à Madame PECRESSE, un diplôme universitaire Sports et Santé qui est le seul diplôme universitaire qui forme en France des éducateurs sportifs avec de vraies formations. Ils ont 260 heures de formation, tant en biologie moléculaire qu’en radiothérapie, chimiothérapie, psychologie, application pratique.

Questions/Réponses

Questions/Réponses au Dr Bouillet lors de la journée scientifique 2013

Il s’agit simplement de travailler à une intensité qui fait « mouiller le maillot ». Dans une salle à température ambiante de 18-20°, il faut arriver, sur une heure, à la sudation. La sudation doit apparaître vers 15 minutes et durer les 45 dernières. Là, vous pouvez considérer que vous avez fait un travail d’intensité suffisante. Bien sûr, plus vous allez en faire, mieux c’est. Mais si vous en faites trop, vos genoux, vos hanches vont vous faire entrer dans des problématiques de médecine du sport. Le standard est soit 30 minutes tous les jours, soit trois fois par semaine, en se débrouillant pour qu’il n’y ait pas plus de deux jours consécutifs sans activités. Il ne faut pas faire de sport lundi, mardi, mercredi parce que votre corps change les estrogènes et l’insuline en 72 heures. Si vous faites du sport le lundi, il faut en faire le mercredi et le vendredi et s’y remettre le lundi pour passer le week-end.
« Sport et Cancer ». Ce n’est pas un livre personnel, nous l’avons écrit pour les malades dont tous les droits d’auteur repartent à l’Association CAMI.
Le problème de la musculature est important. Si vous faites une musculature à très haute intensité, très brève, vous produisez une sécrétion d’insuline. C’est une question pour laquelle on se bat avec les physiologistes en particulier les militaires. Quelqu’un qui fait de l’haltérophilie, par exemple, ne va pas faire baisser son insuline, mais au contraire, l’augmenter. Une activité très intense fait sécréter de l’insuline. Musculature oui, mais progressive. Pas uniquement cinq minutes à toute vitesse.
C’est mieux, parce que si vous faites une marche trois fois par semaine, vous n’allez muscler que vos membres inférieurs. Il faut faire travailler tout le schéma corporel et essayer de récupérer une musculature des bras et des jambes qui, eux, vont même vous permettre de récupérer de l’insuline. D’où l’importance d’un moniteur.
La CAMI a développé initialement le karaté. Le karaté ne représente plus que 20% des activités physiques de la CAMI. On propose actuellement de la gym, du « médiété », de la marche nordique, du patinage artistique, de la danse… Le karaté était un très bon exemple du travail seul, puis à deux. A partir de cela, nous avons créé le « médiété » qui est une colonne vertébrale où chacun va revenir à partir de sa pratique personnelle…
On a du patinage artistique avec Laetitia HUBERT. Elle a développé une modalité de travail pour les patients, a pensé tout le schéma corporel dans un retour de confiance autour du patinage. Tous les sports fonctionnent ! On a des groupes de ping-pong…
Oui, on a des chiffres très précis pour le côlon. Pour la prostate, on n’a eu que deux séries donc c’est un peu difficile de donner une extrapolation. Sur des méta-analyses pour le sein et sur le côlon il s’agit de 10% de patients guéris en plus à cinq ans et dix ans.
Ce n’est pas l’espérance de vie, mais la guérison. Nous n’avons pas de chiffre sur l’espérance de vie à ce sujet, mais on peut quantifier la survie à dix ans. C’est-à-dire qu’avec une activité physique, vous avez 10% de chances en plus d’être là à dix ans. 10% en absolu, ce n’est pas +10% par rapport à votre survie spontanée. C’est un patient qui sera présent en plus. En termes de nombres d’années, c’est difficile. On pourrait, mais on n’a pas les données.
C’est très simple, c’est la seule façon de faire baisser votre insuline et votre œstrogène. Il faut des temps d’activité physique suffisamment intenses pour que le muscle sorte de sa propre structure de glycogène et se mette à consommer du glucose extérieur.
Une marche normale, c’est 5 km/h, ce qu’on appelle une marche rapide, pour nous, c’est 6,5 à 7 km/h. Il faut un podomètre.
A la CAMI on veut des 6,5 / 7 km/h sur les podomètres !
Oui mais certains exercices d’aérobies ne sont pas très bons. Ils font passer le patient rapidement en hypoxie qui est une bonne stimulation des cellules tumorales, ce qui n’est pas le but recherché.

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