Conseils kiné


Cancer de la prostate et kinésithérapie pelvi-périnale

Vos analyses de taux de P.S.A. et de biopsies prostatiques sont positives. Votre urologue vous expose les différents traitements pour soigner ce cancer prostatique. Avec lui , vous optez pour une prostatectomie totale(c’est une chirurgie importante ; le chirurgien vous explique les modalités de la chirurgie, votre hospitalisation, les visites indispensables auprès de l’anesthésiste, du cardiologue, etc…)

Il peut, comme de nombreuses équipes d’urologie en France, vous proposer une rééducation avant l’intervention avec un kinésithérapeute spécialisé en rééducation périnéo-sphinctérienne.

Cette rééducation est effectuée dans le laps de temps d’environ 5-8 semaines séparant la biopsie de l’intervention. Deux ou trois séances suffisent généralement pour appréhender les exercices qui seront utiles en post-opératoire.

Une rééducation : pourquoi ?

Ne sachant pas quels sont les facteurs responsables de l’incontinence postprostatectomie totale, il semble plus facile d’effectuer à titre préventif cette rééducation : elle vous permet de vous familiariser à un nouveau comportement.

Beaucoup de patients non prévenus des éventuelles suites post-opératoires, n’assument pas ce statut « cancer-ablation-impuissance-fuites » et présentent en sus, du fait de cette méconnaissance, des troubles psychologiques liés à l’inquiétude ou l’anxiété, qui ne font que majorer l’incontinence, si incontinence il y a .

Dans une étude prospective sur 156 cas datant de 2003 concernant deux groupes de patients comparés (le premier groupe pris en charge en pré et post-opératoire, le second à quatre mois du post-opératoire) nous obtenons pour le premier groupe un nombre de séances de rééducation en périnéologie de 3 à 10, pour le second une moyenne de 45 séances, d’où l’intérêt de cette préparation avant la chirurgie.*

Une rééducation : dans quel but ?

L’incontinence urinaire n’est pas une fatalité mais elle peut exister en post-opératoire à des degrés plus ou moins importants, d’où la nécessité de vous informer.

Cette incontinence urinaire peut apparaître le jour de l’ablation de la sonde ( geste complètement indolore pratiqué par les infirmières), ce qui est normal, puisque la vessie et le sphincter de la vessie n’ont pas travaillé depuis quelques jours .Ces fuites peuvent aussi perdurer quelques jours, voire quelques semaines pour certains, et plus rarement, exister plusieurs mois (moins de 3%), mais quel que soit le délai , il existe toujours une solution, à commencer par l’auto-rééducation à domicile.

Une rééducation : comment ?

Avec l’aide d’un kinésithérapeute spécialisé, vous allez apprendre à connaître vos muscles du périnée en les localisant manuellement (le périnée se situe entre la base des testicules et le sphincter anal) en faisant une petite contraction (faire attention de ne pas bloquer le ventre, ni bloquer la respiration, ni serrer les fesses) ; ces divers exercices, vous les reproduirez à domicile plusieurs fois par jour, tranquillement, pour acquérir la bonne sensation de contraction périnéale. Vous pourrez travailler ces muscles du périnée en maintenant une contraction efficace de quelques secondes, pour favoriser leur tonus de repos et vous les adapterez ensuite à l’effort (sentir la contraction, la retenir, puis la maintenir ) : par exemple, vous le faites avant et pendant un changement de position : s’asseoir, se lever, se baisser, s’habiller, etc…, vous opposerez ainsi une résistance efficace aux fuites urinaires .

Après l’intervention, pendant les six premières semaines, vous referez seul chez vous les exercices appris avec le kinésithérapeute.

Au-delà de deux mois, si des fuites urinaires persistent, l’urologue pourra vous proposer une rééducation spécifique chez le kinésithérapeute, qui vous rééduquera avec des techniques telles que le Biofeedback**. Cette technique vous permettra de mieux visualiser le verrouillage de vos muscles du périnée à l’effort.

Au-delà de 6 mois, si des fuites urinaires persistent, nous sommes dans le cas d’une « incontinence vieillie ». Le kinésithérapeute peut envisager avec l’accord de l’urologue d’utiliser de la physiothérapie par stimulation électrique pour renforcer le sphincter de la vessie. Si malgré ces techniques, il subsiste encore une incontinence, il faut alors passer à d’autres types de traitement qui vous seront précisés par votre urologue.
Comment gérer le retour à domicile ?

Quelques conseils

· Buvez 1.5 l de liquide par jour. Privilégiez l’eau, le thé, le café, la tisane, les jus de fruits pressés, le vin rouge. Interdisez-vous les alcools, les sodas, le champagne, la bière, les vins blancs et rosés .Pour éviter trop de levers nocturnes, il sera opportun de boire beaucoup dans la première partie de la journée, diminuer ensuite, et au dîner, ne boire qu’un verre ou deux.

· Marchez deux fois par jour d’un pas lent, 15 minutes au début en augmentant progressivement votre périmètre.

· Reposez-vous le matin, l’après-midi : sieste recommandée, et en soirée pendant environ une heure. Votre vessie pourra mieux se distendre et contenir davantage d’urines. Les sensations de besoin d’uriner seront meilleures. Votre sphincter de l’urèthre se relaxera et deviendra plus performant.

· Apprenez à vous retenir d’uriner un peu plus chaque jour. Lorsque vous urinez, essayez de le faire en une seule fois sans couper le jet.

· Pendant les 3 premières semaines suivant la chirurgie, évitez les trajets en voiture, les vibrations pouvant provoquer des envies fréquentes d’uriner.

· Evitez le port de charges ou des efforts importants pendant 6 semaines : votre sphincter est fragilisé, donc fatigué et fatigable, les fuites urinaires seront alors plus difficile à maîtriser.

· Essayez progressivement de supprimer les protections, d’abord la nuit puis le matin… Pour les sorties, utilisez des coquilles absorbantes. Par contre, si les fuites sont importantes, le port d’un étui pénien avec une poche collectrice semble indiqué temporairement en l’associant toujours à la rééducation. Penser à changer vos protections dès qu’elles sont un peu souillées, afin d’éviter une infection urinaire.

L’équipe médicale, urologues, médecins généralistes, kinésithérapeutes spécialisés, seront toujours disponibles pour répondre à vos interrogations et à vos soucis.

Petit à petit, malgré cette chirurgie importante, avec parfois des délais, vous redeviendrez « comme avant ».



Pascal Blondelle, kinésithérapeute, Centre d’Urologie Bel Air, Bordeaux.
Martine Bruno, kinésithérapeute, Espace Pitot à Montpellier.

* Blondelle P. Rééducation appliquée à la prostatectomie radicale. Journées d’Urologie à Bordeaux-Bel Air.
Septembre 2004.
** Biofeedback : technique utilisant un appareil pour objectiver l’activité des muscles du périnée. Cet appareil enregistre les contractions de certains muscles périnéaux et les convertit en signaux visuels par l’intermédiaire d’une instrumentation externe.

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